Kobo Elipsa 2E : le cahier A4 numérique qu'on attendait, à quelques détails près
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Kobo Elipsa 2E : le cahier A4 numérique qu'on attendait, à quelques détails près

Cédrix · 09/11/2025

Une liseuse qui n'en est plus tout à fait une

Pendant longtemps, le marché des liseuses s'est tenu à une règle non écrite : une liseuse, c'est petit, c'est noir et blanc, c'est fait pour lire des romans dans le métro. Les tentatives de sortir de ce cadre — Sony DPT-RP1, Onyx Boox, ReMarkable — restaient soit confidentielles, soit positionnées comme des outils de prise de notes pure, sans véritable identité de liseuse. Avec l'Elipsa 2E, Kobo assume frontalement l'hybridation. Ce n'est pas une liseuse à laquelle on a ajouté un stylet ; c'est un objet pensé dès le départ comme un cahier numérique qui sait aussi lire des livres.

L'engin est imposant. Écran E-Ink Carta 1200 de 10,3 pouces, résolution 1404 × 1872 pour 227 ppi, processeur dual-core 2 GHz et 32 Go de stockage. Côté tarif, TechRadar la situe autour de 399 dollars ou 349 livres, ce qui la place dans une catégorie où on n'achète plus sur un coup de tête : à ce prix, on attend un usage précis, pas un gadget de chevet.

Le format change tout

Tenir l'Elipsa 2E pour la première fois, c'est comprendre instantanément à qui elle parle. À 10,3 pouces, on est très proche d'une feuille A5, voire d'un cahier d'étudiant — un format qui colle naturellement aux PDF et aux documents grand format. Et c'est là que tout se joue.

Quiconque a déjà tenté de lire un PDF technique sur une liseuse 6 ou 7 pouces sait à quel point l'exercice est frustrant : on zoome, on déplace, on perd la mise en page, les schémas explosent en morceaux. Avec l'Elipsa 2E, un PDF A4 passe à l'écran à une taille parfaitement lisible, sans gymnastique. Les manuels techniques, les articles scientifiques, les supports de cours, les rapports d'entreprise : tout ce qui était pénible devient confortable. C'est moins spectaculaire que la couleur d'une Libra Colour, mais sur un usage professionnel ou étudiant intensif, le format change littéralement la nature de l'objet.

Le stylet, atout central — mais imparfait

Le stylet est inclus dans la boîte. Détail qui n'a l'air de rien mais qui mérite d'être souligné, parce que l'usage prévu est clairement l'annotation directe sur les e-books et la prise de notes manuscrites. Pas de Kobo Stylus 2 à racheter en option, pas de configuration séparée : on déballe, on écrit.

L'utilisation est exactement ce qu'on en attend. On peut surligner dans n'importe quel ePub, écrire dans la marge, créer des carnets vierges pour des notes manuscrites, dessiner des schémas à main levée. Tout ce qu'on griffonne reste dans le fichier, et — point essentiel — peut être ressorti ensuite. Le système prend en charge ePub, PDF, et accepte sans broncher les fichiers déposés par USB-C, Wi-Fi ou Bluetooth.

Mais il faut être honnête : la sensation d'écriture n'est pas au niveau de ce que proposent les meilleurs concurrents. eWritable est même cinglant, qualifiant l'expérience tactile d'« horrible » et pointant le choix par Kobo du protocole Microsoft Pen Protocol (MPP 2.0) plutôt que la technologie Wacom qui équipe le ReMarkable 2 et reste la référence du secteur. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Que la pointe glisse un peu trop sur le verre, qu'il manque cette résistance subtile qui fait penser au crayon sur papier, et qu'à très haute vitesse d'écriture la latence devient perceptible. Pour quelqu'un qui annote ses lectures, surligne, prend des notes ponctuelles, c'est largement suffisant. Pour quelqu'un qui veut remplacer son carnet Moleskine en cours magistral et écrire trois pages d'affilée à vitesse normale, ce sera frustrant.

C'est une différence de positionnement, pas un défaut technique grave : l'Elipsa 2E est d'abord une liseuse qui annote, pas un cahier qui sait aussi lire.

L'export des annotations, ce qui fait vraiment la différence

C'est probablement le point sur lequel Kobo creuse l'écart avec ses concurrents, et notamment avec le Kindle Scribe. Le manuel officiel explique qu'on peut exporter ses annotations sous forme de fichier .txt et le récupérer sur son ordinateur, mais en réalité l'écosystème va plus loin : les PDF annotés ressortent avec les annotations intégrées à la page, prêts à être imprimés ou partagés.

Ce flux, en apparence banal, change tout pour qui travaille sérieusement avec ses lectures. Un étudiant peut annoter ses cours et imprimer la version surlignée pour les révisions. Un enseignant peut corriger des copies en PDF et renvoyer le fichier annoté à l'élève. Un consultant peut lire un rapport, le commenter en marge, le réintégrer dans sa documentation projet. Aucune annotation perdue, aucune resaisie. Là où Kindle Scribe limite encore largement l'export de ses annotations, Kobo joue le jeu de l'ouverture.

Le talon d'Achille : l'entrée des fichiers

C'est ici que l'Elipsa 2E montre ses limites les plus tangibles, et il faut le savoir avant d'acheter. Contrairement à Kindle, il n'existe pas d'adresse e-mail officielle « envoyer à ma liseuse » : il faut transférer les fichiers manuellement, par USB ou via un service tiers comme Dropbox. Pour qui s'envoie régulièrement des articles ou des e-books depuis son ordinateur ou son téléphone, ce manque crée une vraie friction quotidienne.

Les workarounds existent, à condition d'accepter de mettre un peu les mains dans le moteur. Un projet open source baptisé KoboMail propose un système d'envoi par e-mail pour certaines Kobo, et plus intéressant encore, un daemon Nextcloud-Kobo permet de synchroniser automatiquement un dossier Nextcloud via WebDAV vers la liseuse. C'est ouvert, c'est élégant, ça respecte le principe d'auto-hébergement — mais ce n'est pas du plug and play. Il faut un serveur Nextcloud opérationnel, savoir configurer une connexion WebDAV, et accepter que l'installation se fasse dans le dossier /mnt/onboard/.adds/ du système Kobo. Bref, c'est superbe pour qui maîtrise déjà son infrastructure ; c'est rédhibitoire pour qui veut juste une solution clé en main.

Sur ce point précis, Kobo et Amazon proposent deux philosophies opposées : le confort immédiat d'un écosystème fermé contre la liberté d'un écosystème ouvert mais exigeant. À vous de voir où vous vous situez.

Pour qui ce produit a-t-il du sens ?

L'Elipsa 2E est faite pour vous si vous lisez beaucoup de documents grand format — PDF techniques, cours universitaires, rapports professionnels, partitions — et si l'idée d'annoter ces documents fait partie intégrante de votre flux de travail. Elle est faite pour vous si vous voulez un objet unique au lieu de jongler entre une liseuse classique et un cahier papier. Elle est faite pour vous, aussi, si vous avez déjà (ou êtes prêt à monter) un Nextcloud ou un Dropbox pour synchroniser vos fichiers proprement.

Elle ne l'est pas si votre priorité est la prise de notes manuscrite intensive et fluide : sur ce terrain, un ReMarkable 2 ou un Supernote restent supérieurs. Elle ne l'est pas non plus si vous attendez le confort de l'envoi par e-mail à la Kindle, ou si l'idée d'installer un plugin communautaire pour combler un manque officiel vous donne de l'urticaire. Et elle est sans doute disproportionnée si vous lisez essentiellement des romans : à ce moment-là, une Clara BW à 150 € vous donnera plus de plaisir, dans un format de poche.

Mon avis

L'Elipsa 2E est un produit ambitieux qui réussit l'essentiel et trébuche sur quelques détails finalement révélateurs. L'essentiel, c'est le format, la qualité de l'écran, l'export des annotations, l'ouverture du système et l'autonomie typique d'une liseuse — autant de raisons qui en font la meilleure proposition du marché pour un usage documentaire sérieux à ce niveau de prix.

Les détails, ce sont le ressenti perfectible du stylet et l'absence d'un système d'entrée des fichiers digne de 2026. Kobo aurait pu intégrer nativement WebDAV — ça lui coûterait à peu près rien — et opter pour une dalle Wacom — ça lui coûterait plus cher mais lui ferait gagner une catégorie entière d'utilisateurs. À la place, on hérite d'un produit excellent à 80 %, et qui demande qu'on accepte ses zones grises sur les 20 % restants.

Pour qui cherche un véritable cahier A4 numérique sans basculer dans une tablette Android Onyx — plus chère, plus complexe, et au confort de lecture moindre — l'Elipsa 2E reste, à mes yeux, le meilleur compromis du moment. Pas le produit parfait. Le meilleur compromis. Ce n'est pas la même chose, et c'est très bien aussi.

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