Jusqu’à maintenant, les petits colis importés de l’étranger passaient presque inaperçus dans les foyers français. Shein, AliExpress, Temu… commander en Asie était simple et peu coûteux, grâce à l’exonération de droits de douane sur les produits d’une valeur inférieure à 150 euros. Mais depuis le 13 novembre 2025, ce statu quo est remis en cause : les ministres des Finances de l’Union européenne ont voté la suppression de cette exonération. Dès le premier trimestre 2026, chaque petit colis pourrait être taxé et soumis à des frais de traitement supplémentaires.
À Bruxelles, on salue cette décision comme un moyen de protéger les consommateurs européens et le marché intérieur. La France, en particulier, s’en félicite, estimant qu’il s’agit d’une avancée pour la sécurité des produits et la souveraineté économique de l’UE. Mais pour beaucoup de Français, cette mesure ne fait qu’aggraver un problème de fond.
Car la question n’est pas simplement celle des colis asiatiques. Depuis trente ans, la France est passée d’une puissance industrielle comparable à la moyenne européenne à un “nain industriel” avec seulement 7 % du PIB provenant de l’industrie, alors que nos voisins restent autour de 20 % ou plus. Les consommateurs se tournent vers l’Asie parce que les produits français sont trop chers, alourdis par des taxes, charges et coûts de production élevés. Taxer les colis importés aujourd’hui revient à punir les consommateurs pour un problème que nos politiques n’ont pas su résoudre : la perte de compétitivité de l’industrie française.
Pour ceux qui vivent près des frontières ou voyagent dans le sud de l’Europe, la différence est frappante. En Catalogne ou au Portugal, il est possible d’acheter des produits locaux compétitifs : bricolage, jardinage, vêtements ou matériel de pêche, fabriqués en Europe et à des prix abordables. La preuve qu’une production locale forte et des prix raisonnables sont possibles, quand la fiscalité et la réglementation ne pénalisent pas le producteur.
Cette nouvelle taxe sur les petits colis ne relancera pas l’industrie française, ni le commerce de centre-ville. Elle risque surtout de réduire le pouvoir d’achat des Français, tout en alimentant des caisses de l’État dont l’argent sera souvent gaspillé avant même d’être utile à l’économie réelle.
En résumé, ce n’est pas la faute des consommateurs qui cherchent le meilleur prix à l’étranger. C’est le résultat d’une politique fiscale et industrielle défaillante. Tant que l’État ne s’attaquera pas aux causes structurelles — charges trop élevées, fiscalité excessive, désindustrialisation — toutes les mesures de taxation des importations resteront des pansements sur une jambe de bois, au détriment des citoyens.
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